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Le Dr Robin Fender, médecin psychiatre pour enfants et adolescents, nous partage les clés pour mieux comprendre ce que traverse les adolescents et adolescentes concernées par le trouble de la personnalité borderline.
Les thèmes abordés :
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CF : Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans ce nouvel épisode des rendez-vous de Connexions Familiales. Nous espérons que vous trouverez ici des informations, des éclairages, des conseils qui vous aideront dans l’accompagnement des proches présentant un trouble de la personnalité borderline.
Aujourd’hui j’ai le plaisir de recevoir le docteur Robin Fender, médecin, psychiatre pour enfants et adolescents en cabinet libéral.
CF : Docteur, vous êtes formé à plusieurs approches validées scientifiquement, notamment les thérapies cognitivo-comportementales et la thérapie comportementale dialectique, l’ACT et le GPM. D’ailleurs s’il vous plaît, si on pouvait en dire un petit mot parce qu’on ne sait pas ce que c’est que l’ACT et le GPM, s’il vous plaît.
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Dr Fender : Bonjour à tous. À la fois très simple et très complexe comme réponse, mais en deux mots, c’est l’ACT. On dit que c’est la thérapie d’acceptation et d’engagement. Ça fait partie des TCC de troisième vague en fait, sur une approche où on est plus dans l’acceptation que dans la modification des pensées et des émotions, et on essaie de tendre un peu plus vers les valeurs personnelles, vers ce qui compte réellement pour nous, vers ce qui donne du sens à notre vie.
En fait, plutôt que d’avoir des actions de lutte contre ce qui nous fait souffrir, c’est plutôt d’essayer d’avancer vers ce qui nous amène de la vitalité, du sens, etc. Il y a des processus, c’est un peu complexe, mais globalement c’est un peu ça l’idée quoi. Et puis le GPM, Good Psychiatric Management, c’est une approche généraliste en fait, enfin qui se veut généraliste, basée sur des grands principes pour accompagner en fait les personnes concernées par le trouble de la personnalité borderline.
Dr Fender : Et l’idée, c’est d’appliquer en fait des principes généraux pour essayer de ne pas nuire, déjà dans un premier temps, et surtout d’accompagner au mieux les familles, leurs proches surtout. Donc il y a une partie d’inclusion des familles, en fait des proches aidants dans ce programme. Enfin dans cette approche, ça a été théorisé par John Gunderson. Finalement, à peu près au même moment, Marsha Linehan faisait elle-même la TCD en fait.
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CF : Donc, vous accompagnez de nombreux adolescents présentant des difficultés importantes de relations émotionnelles, de régulation même. J’ai fait un lapsus, de dysrégulation émotionnelle, et vous animez également des groupes multi-familles réunissant jeunes et parents. Nous allons parler aujourd’hui du diagnostic chez les mineurs. C’est un vrai sujet, de la stigmatisation en général qui est encore très présente autour du trouble borderline, et de l’importance essentielle de la psychoéducation.
CF : Vous venez d’en dire quelques mots, et encore merci Robin d’être parmi nous, et j’espère que cette interview va éclairer, et j’en suis certaine, beaucoup de nos auditeurs. Alors moi, j’aimerais bien revenir juste à l’origine avant de parler de toutes ces formations. Qu’est-ce qui vous a amené en fait à devenir pédopsychiatre finalement ?
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Dr Fender : Des films. Pour être franc, c’est Sixième Sens avec Bruce Willis, Haley Joel Osment, un film d’horreur, mais où il y a un pédopsychiatre en fait qui est interprété par Bruce Willis et j’ai vraiment beaucoup aimé le film et la relation que Bruce Willis entretient avec le petit garçon qui souffre. Et puis il y a un autre film, Will Hunting, avec Matt Damon et Robin Williams.
Robin Williams étant le psychiatre et Matt Damon étant le patient. Pareil, ça m’a vraiment passionné. D’ailleurs ce n’est pas anodin, mais pour Matt Damon, on peut tout de même se poser la question dans le film s’il ne souffre pas d’un trouble de la personnalité borderline, c’est assez intéressant en tout cas. Il a une dysrégulation émotionnelle, des comportements dommageables, une histoire traumatique, des enjeux autour de ça.
Dr Fender : Et du coup, ces deux films-là… C’est plus le cinéma qui m’a amené finalement vers la passion de la psychiatrie par la suite, et notamment la pédopsychiatrie.
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CF : Voilà, l’exemple est original. C’est vrai qu’on n’en parle pas forcément, mais ça aide, ça peut influencer finalement. Et pas que des histoires personnelles. Et je crois savoir donc, en plus de ces différentes formations que vous avez faites au cours de votre parcours de pédopsychiatre, que vous vous êtes également formé à Connexions Familiales assez récemment, alors que vous aviez déjà de nombreux éléments dans votre bagage et qu’ils représentent de véritables outils finalement.
Alors, qu’est-ce que cette formation à Connexions Familiales vous a apporté finalement ?
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Dr Fender : Je m’étais déjà formé en fait à la thérapie comportementale dialectique et c’est vrai que l’année dernière, j’ai eu cette opportunité de participer à la formation au programme Connexions Familiales que je trouvais assez complémentaire dans le travail avec les proches. Alors en pédopsychiatrie, il y a le patient, mais aussi et surtout sa famille, ses parents forcément, ou en tout cas ses représentants légaux.
Et c’est cardinal quoi, quand ce sont les proches aidants. Et du coup, je trouvais que c’était hyper pertinent en fait, notamment en pédopsychiatrie, d’avoir une approche aussi pour les proches aidants. Donc de penser en fait le patient dans un écosystème familial.
Et du coup, ça me permettait aussi de former les parents ou les proches aux principes de la TCD, leur apprendre peut-être aussi de manière plus adaptée, à réagir de manière plus adaptée aux comportements dysfonctionnels des ados et au passage à l’acte, de réduire aussi l’invalidation afin d’essayer de leur donner un peu des outils et d’améliorer aussi l’alliance thérapeutique avec eux.
En fait, dans le projet de soins, d’essayer de réduire leur épuisement, le côté fardeau qu’ils pouvaient porter, et de rendre aussi les interventions cohérentes puisque la TCD avec les ados, mais aussi la TCD finalement pour eux aussi en tant que proches aidants, je me disais que c’était cohérent. Qu’ils emmagasinent en fait les mêmes compétences, que les ados aient des compétences de leur côté, mais que les parents puissent aussi être dans le même bateau en quelque sorte.
Donc c’est surtout ça.
CF : C’est important, en fait, que les proches aidants aient accès à cette psychoéducation dont vous parlez.
Dr Fender : Oui, c’était de la psychoéducation, effectivement, mais avec Connexions Familiales en effet.
00:06:31:16
CF : Et vous trouvez du coup qu’il y a un vrai changement pour l’adolescent qui est concerné par ce trouble, ou plus largement par la dysrégulation émotionnelle, que la famille, que ses parents puissent mieux comprendre ce trouble ? Parce que finalement c’est de cela dont il s’agit aussi.
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Dr Fender : Bien en fait, avant moi, vous aviez interviewé Pierre Cardinal et Mario Speranza. Ils décrivent très très bien la théorie biosociale de Marsha Linehan, avec la perspective transactionnelle. Ensuite, les auteurs Fruzzetti et Hoffman ont apporté cette idée qu’il y a quelque part une influence mutuelle dans les dynamiques relationnelles entre l’enfant et ses parents, avec la dysrégulation émotionnelle et l’environnement invalidant, et que plus on est dysrégulé, plus c’est difficile en face d’être validant.
Et malheureusement, plus on baigne dans un environnement invalidant et plus c’est difficile de réguler ses émotions. Donc avec l’idée que les deux se nourrissent en quelque sorte. Et du coup, la combinaison TCD plus l’approche Connexions Familiales, ça me semblait vraiment particulièrement adapté aux situations de dysrégulation émotionnelle sévère et d’environnements particulièrement invalidants pour essayer de restaurer en fait quelque chose des deux côtés.
En fait, de pouvoir avoir une approche globale tout en continuant à psycho-éduquer évidemment les parents sur le trouble, sur ses symptômes, ses origines, l’évolution naturelle du trouble, l’évolution avec les soins, des trajectoires possibles, et puis partager des ressources bibliographiques, des ressources fiables sur le sujet et les soins.
CF : En fait, on parle de la TCD depuis tout à l’heure. Est-ce que vous pourriez donner peut-être quelques éléments un peu plus détaillés de ce que c’est pour mieux comprendre justement cette complémentarité entre la TCD et les outils qu’il peut y avoir en plus ? C’est fait pour les proches, n’est-ce pas ? Et puis ce cercle qui était vicieux et qui peut devenir finalement vertueux.
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Dr Fender : Oui, alors là c’est une thérapie issue de deux courants. En fait ce sont les TCC, les thérapies cognitives et comportementales avec les lois de l’apprentissage. Marsha Linehan, la créatrice on va dire de la TCD fin des années 80, début des années 90, a en fait d’abord utilisé ça, et puis en ajoutant la pleine conscience, elle y a intégré des choses issues plutôt du zen, du bouddhisme et de la pleine conscience, avec l’idée qu’il y a une polarité constante entre d’un côté l’acceptation, de l’autre le changement, et l’idée de faire une synthèse dialectique en quelque sorte entre ces deux pôles pour essayer d’apporter de l’apaisement.
Moi, quand je présente cette thérapie, je dis toujours que l’idée étant d’apporter de la stabilité là où les patients souffrent d’instabilité chronique, c’est d’amener le plus possible de la stabilité dans les relations sociales, dans l’identité, le rapport à soi, le rapport à soi et aux autres, la stabilité dans les émotions, dans les pensées, dans les comportements. Voilà, c’est un peu ça.
Et de mieux gérer aussi l’impulsivité par des stratégies fonctionnelles et efficaces de régulation émotionnelle, là où les comportements auto-dommageables sont des stratégies certes efficaces, mais dysfonctionnelles, de régulation émotionnelle. Donc c’est un peu ça. Alors, c’est un résumé condensé. J’ai honte quand je vous l’ai condensé, ça en fait 40 secondes, mais c’est beaucoup plus complexe que ça.
Mais c’est un peu l’idée en tout cas.
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CF : Je trouve que c’est intéressant quand même d’aller un peu plus effectivement dans ce détail-là. J’aime beaucoup votre image de stabilité. Stabiliser l’instabilité.
Dr Fender : C’est ça.
CF : Et c’est très parlant. Ce qui est important pour pouvoir mettre en œuvre finalement ces thérapies, ces accompagnements, c’est de pouvoir poser quand même un diagnostic, ce diagnostic qui peut faire peur. Alors déjà, comme vous vous occupez des adolescents, qu’est-ce qui est compliqué pour poser ce diagnostic chez les adolescents ?
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Dr Fender : C’est un diagnostic qui peut être posé chez les adolescents. Il y a encore quelques confrères et consœurs qui sont dans la crainte que ça pourrait être stigmatisant. Ça pourrait être un fardeau à porter, etc. Alors, je dis toujours : ce n’est pas le diagnostic qui est stigmatisant, c’est ce qu’on en fait et comment la société réagit face à ça.
En fait, moi j’essaie de l’expliquer et je dis qu’il ne faut pas que ce soit une étiquette, il faut que ce soit un autocollant plutôt, et il faut que ce soit quelque chose qui serve de feuille de route aux soins et à l’accompagnement. En fait, le diagnostic chez l’enfant, chez les mineurs, il est valide à partir du moment où les traits de personnalité sont fixés dans le temps, c’est-à-dire quand il y a une temporalité, quand ils sont anciens, quand ça fait un certain nombre d’années qu’ils sont présents au moins. À ce point-là, on peut poser le diagnostic, on sent que les choses se chronicisent et se fixent un peu dans la personnalité, dans la durabilité, dans la durée. Et du coup, à partir de là, on peut poser le diagnostic. Mais le diagnostic, pour moi, c’est une annonce diagnostique qui ne se fait que s’il y a un projet de prise en charge derrière. S’il y a uniquement un diagnostic qui est posé, mais sans la capacité à pouvoir soit orienter vers des soins, soit les faire soi-même, ça ne sert à rien de poser un diagnostic. On ne peut pas laisser un patient ou sa famille avec un diagnostic et leur dire : « Bon bah voilà, débrouillez-vous quoi ».
On peut poser un diagnostic et l’annoncer que si derrière on a un projet. Ce projet pouvant être de la psychoéducation, déjà dans un premier temps ça part de la base, et puis après derrière voilà des thérapies. Alors c’est vrai que les thérapies dont on a parlé, elles peuvent être spécialisées, c’est assez long et chronophage de se former.
Pas tout le monde n’est formé malheureusement. C’est en train de se développer quand même, en train de se démocratiser. Néanmoins, il faut reconnaître que tout le monde n’est pas formé et ce sont des thérapies qui sont généralement réservées aux cas les plus sévères, les plus lourds. Donc après, il y a des approches. Le GPM dont on a parlé, c’est une approche généraliste.
Ce n’est pas forcément très long de s’y former. C’est une approche généraliste comme son nom l’indique, qui permet en fait d’appliquer de grands principes d’accompagnement. Et rien que ça, c’est déjà en soi vraiment pas mal.
00:13:14:19
CF : Dans cette veine-là en fait, il y a la question de l’acceptabilité aussi du diagnostic, j’imagine, à cette phase-là, pour pouvoir ensuite entrer dans quelque chose de plus spécialisé peut-être.
Dr Fender : Quand je fais l’annonce du diagnostic, quand je pense l’avoir déjà, je le formule sous forme d’hypothèse toujours. Je dis : « Est-ce que ça pourrait matcher ? Est-ce que ça vous semble connecter un peu avec votre histoire, avec ce que vous vivez ? » J’essaie de le formuler comme une hypothèse avec laquelle on travaille, sur laquelle on revient régulièrement.
Et puis au bout d’un moment, on confirme ou on infirme l’hypothèse, on avance. Par exemple : « Bah ça matche, il y a les critères, ça connecte, ça colle avec votre récit, votre narration ». À ce moment-là, on pose formellement le diagnostic et lorsque je le pose formellement, j’essaie d’y associer toujours des petites choses que j’aime bien amener. Déjà, j’essaie de citer des personnes célèbres qui ont reçu ce diagnostic et qui ont bénéficié de soins. Lady Gaga, Selena Gomez aussi. Je ne sais pas si elles ont souffert de TPB, mais en tout cas, ce qui manifestement est sûr, c’est qu’elles ont bénéficié de la TCD.
Donc j’essaie de leur dire qu’il y a sans doute de la dysrégulation émotionnelle chez Lady Gaga et chez Selena Gomez, mais ça amène souvent un peu d’espoir en fait, en se disant qu’on peut quelque part avoir souffert de ce trouble-là ou en souffrir et malgré tout accéder à un certain statut social incarnant un modèle de réussite économique, sociale, de popularité, etc.
Alors ça ne veut pas dire que toutes les personnes TPB se transforment d’un coup en Lady Gaga, mais c’est l’idée qu’on peut s’en sortir. Moi j’essaie de véhiculer un message d’espoir quand même et après je partage des ressources souvent, je parle évidemment de Connexions Familiales pour tous les proches aidants. J’essaie d’amener un peu de ressources en fonction de ce que j’ai.
Si la personne en face me dit qu’elle aime bien les podcasts, je vais parler de podcasts borderline. Si la personne me dit qu’elle aime le cinéma, la pop culture, on va parler de séries, de Crazy Ex-Girlfriend, de films, etc. Enfin, j’essaie de m’adapter un peu à ce qu’il y a en face de moi.
00:15:33:04
CF : Ouais, ça permet du coup de peut-être avoir moins peur et d’être plus dans la réalité, de ne pas fantasmer quelque chose qu’on ne connaît pas d’un point de vue négatif finalement, en se disant que ça fait extrêmement peur d’entendre ce mot, ce nom, ce trouble dont on ne parle pas d’ailleurs, dont on entend seulement parler maintenant.
C’est très récent et avec un nom qui est quand même très stigmatisant. C’est beau ce que vous venez de dire : le trouble n’est pas une fatalité, s’il y a effectivement ce diagnostic et l’accompagnement derrière.
Dr Fender : Oui, je pense que, quelque part, ça marche avec n’importe quel trouble, qu’il soit somatique ou psychique. Je dis toujours que c’est une partie de l’identité, mais il ne faut pas que ce soit l’entièreté de l’identité. C’est une partie de l’identité, comme on pourrait dire : « cette personne a les yeux verts », mais elle n’est pas définie que par ses yeux verts.
Il y a d’autres choses qui la constituent en tant qu’identité, en tant que personne. Et le trouble, c’est une partie, ça explique certaines choses, ça n’explique pas tous les comportements d’un être humain. Il ne faut pas tout lire par ce prisme-là. Il y a d’autres comportements qui ne sont pas liés au trouble. Ça me semble important de le rappeler aussi.
Et après on avance avec ça et les patients avancent avec ça. C’est vrai, je ne vais pas le nier, il y a un côté stigmatisant, ça peut l’être en tout cas, pas le trouble lui-même, plutôt ce qu’on en fait. C’est ce que je disais tout à l’heure. C’est vrai que la société a un regard qui peut être négatif, je ne vais pas le nier.
Ça existe malheureusement, à mon grand désarroi. Mais c’est vrai, c’est vrai que ça peut être aussi… Je lisais un article l’autre jour écrit par un confrère dont je suis assidument les travaux. Il a écrit un article sur le trouble borderline, sur l’idée que, encore aujourd’hui, ça pouvait servir un peu pour certains soignants, pas tous heureusement, de défouloir ou d’exutoire de dire : « Ah bah oui, en fait, ce patient, cette patiente, on n’arrive pas à la soigner, elle est border quoi, ou il est border », c’est galvaudé finalement. Donc ce n’est pas simple. Si c’est utilisé comme ça, comme quelque chose qui sert à nuire à la personne, ça n’a pas de sens quoi.
Ce diagnostic-là, il est stigmatisant en effet.
00:18:04:04
CF : Mais là aussi, il y a une psychoéducation en quelque sorte à faire, c’est important et je pense que c’est important que les personnes qui nous entendent ou nous regardent en tiennent vraiment compte. Il n’y a pas de fatalité et le message d’espoir que vous livrez ici est extrêmement nécessaire et important, et effectivement, les personnes ne sont pas définies juste par un diagnostic.
Au même titre qu’une personne qui a des yeux verts ou qui est diabétique par exemple, ça ne définit pas la personne elle-même.
Dr Fender : C’est que ce diagnostic, il ne faut pas qu’il apparaisse ou qu’il soit posé uniquement quand les enjeux relationnels se tendent, c’est-à-dire quand, dans un espace, une institution, un service de soins, on n’arrive plus à soigner, on n’arrive plus à être en lien avec le patient. Et alors, quand les soignants le posent à ce moment-là, ça semble presque être…
Comment dire ? Igor a employé cette expression-là que je trouve assez pertinente, il disait que c’était un verdict relationnel, comme si c’était une sanction. Là en effet, ça n’a pas de sens et je pense que ça transforme les choses en impasse, ce n’est pas du tout sain. Ce n’est pas du tout protecteur, ce n’est pas du tout accompagnant.
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CF : Et justement alors cet accompagnement… On a parlé justement des proches, on a parlé de ce travail du patient une fois que le diagnostic est posé. L’accompagnement derrière… C’est un travail que vous faites d’ailleurs avec les familles, il y a un vrai espoir et une vraie transformation grâce à ce travail.
Pouvez-vous nous en dire un petit mot ?
Dr Fender : Oui, bien moi du coup, j’essaie de proposer la TCD. Dans la TCD, il y a des modalités de soins, il y a des groupes notamment. Donc, je propose des groupes d’apprentissage et d’entraînement aux compétences de la TCD sur différents thèmes : la régulation des émotions, qui est la cible en fait dans la TCD, et puis après l’efficacité des relations sociales, donc essayer d’avoir des relations apaisées, durables dans le temps, être capable d’être affirmé aussi dans les relations.
Après, il y a de la tolérance à la détresse pour limiter les comportements impulsifs ou à risque et de la pleine conscience évidemment. Et puis aussi, à côté de ça, un module spécifique aux enfants qui s’appelle la voie du milieu. On essaye de trouver des ponts. La dialectique entre les parents et les ados, en tout cas pour les proches aidants et les ados, c’est trouver de la validation.
Se baser aussi sur les lois de l’apprentissage, donc sur le renforcement ou l’extinction de tout ça. Donc aider à trouver de la paix, de l’harmonie, de l’apaisement dans les relations entre les parents et les enfants à la maison quoi.
00:21:12:18
CF : Qu’est-ce que vous observez justement quand ils travaillent ensemble comme ça ?
Dr Fender : Alors nous, les parents sont présents dans les groupes, c’est toujours agréable de voir que l’on se met tous dans le même bateau, on essaie de pratiquer nous-mêmes aussi les compétences, les animateurs, à la maison, et on montre aussi que nous aussi on peut avoir des vulnérabilités, des fragilités, qu’on est perfectibles. Comme on leur dit souvent…
Peut-être qu’on va être invalidants. N’hésitez pas à nous dire si jamais on dit ou fait quelque chose d’invalidant, n’hésitez pas à nous le faire remarquer. On essaiera de corriger ou de rectifier un peu.
CF : Juste, on peut dire un mot sur la validation. Parce que je ne suis pas sûre que tout le monde sache de quoi il s’agit finalement. Entre la validation et l’invalidation, c’est dans notre quotidien. Ça se traduit par quoi ?
Dr Fender : Alors la validation, c’est essayer de faire comprendre à l’autre que ses émotions, ses pensées ou ses comportements peuvent avoir du sens, peuvent être légitimes dans un contexte donné. C’est leur montrer qu’il y a une certaine légitimité en fait, qu’il y a une part de vérité dans ce qu’ils éprouvent, et puis l’invalidation, ce serait l’inverse : de rejeter, de minimiser, de punir l’expression des émotions, tout ça quoi.
Comme si on montrait à l’autre que ses émotions n’avaient pas lieu d’être, n’avaient pas de sens, n’avaient pas de légitimité. La validation, globalement, comment on le sait ? Si la personne s’active au niveau émotionnel en face de nous, c’est probablement qu’on est invalidant avec elle. Et a contrario, l’efficacité de la validation peut se mesurer au fait que l’activation émotionnelle en face diminue. Si elle diminue,
c’est probablement une marque de validation.
00:23:07:19
CF : C’est qu’il y a une grosse pression sociale dans l’espèce de norme. On doit faire par exemple le matin, on va se lever, les jeunes doivent aller en cours, etc. Et quand on se retrouve face à une personne qui a du mal à se lever, qui a envie, qui a besoin de rester dans son lit, on peut vite être invalidant en disant : « Allez, bouge-toi ! »
Et la pression sociale, enfin, c’est compliqué de faire comprendre aux gens que, en fait non, la personne, c’est compliqué pour elle de se lever. Et quand on est dans l’acceptation de « c’est compliqué de se lever », alors là on va être dans la validation de ce que ressent l’autre.
Dr Fender : Bien sûr, c’est vrai que c’est d’ailleurs peut-être le point qui est le plus touchant je trouve, dans la TCD avec les familles, c’est le fait que souvent les parents demandent de l’aide pour faire la part des choses entre ce qui peut relever du trouble et ce qui est purement éducatif, ou un comportement qui serait à reprendre ou à accompagner, pas du côté sanitaire mais que du côté éducatif.
Faire la part des choses entre l’individu et ce qui est dû à son trouble. Mais bon, c’est complexe. Je ne sais pas si on va pouvoir y répondre, mais en tout cas oui en effet, il y aurait une part de validation et d’acceptation à faire sur l’exemple que vous donnez. Ça pourrait être de dire : « Je suppose que tu dois être vraiment mal pour ne pas parvenir à te lever le matin.
Tu dois être vraiment en souffrance, j’imagine, pour ne pas réussir à te lever et aller vers tes camarades ou vers l’école ou que sais-je ». Et en même temps, on ne pourrait pas faire que de la validation, on ne pourrait pas faire que l’acceptation et la validation puisque sinon la personne reste engluée dans ses difficultés. Marsha a toujours dit ça, elle dit que c’est une balance constante.
La dialectique c’est ça, c’est être capable de jongler entre les deux, faire de l’acceptation ou du changement, l’acceptation, le changement. Et donc là on pourrait se dire, et en même temps, la personne ne peut pas rester indéfiniment au lit parce que c’est un comportement problème quand même. Donc il va falloir réussir à provoquer du changement chez elle d’une façon ou d’une autre, avec les techniques de thérapie.
00:25:35:18
CF : Vous disiez, juste pour terminer sur cet exemple, que le fait de valider peut permettre de faire baisser cette activation émotionnelle, et donc peut-être que ça permettra à la personne de redescendre et finalement de se lever. En tout cas, c’est l’espoir qu’on peut avoir. Et c’est pour cela que c’est important qu’il y ait ce travail commun pour que tout le monde puisse être dans la même barque et mieux se comprendre finalement.
Dr Fender : En tout cas, on peut imaginer qu’il faut qu’elle se sente comprise dans ce qu’elle est en train d’éprouver afin de pouvoir accepter peut-être, et ensuite de provoquer un changement. Enfin, il y a peut-être cette étape nécessaire d’abord, avant de vouloir provoquer un changement du type « lève-toi et bouge, vas-y ».
C’est que peut-être d’abord, il faut essayer de…
CF : Une étape intermédiaire. C’est celle-ci qu’il faut rajouter clairement. Ce changement m’amène à vous poser cette question : Alors, est-ce qu’on peut aller mieux quand on a un trouble borderline ?
Dr Fender : Ah oui, heureusement, sinon on arrêterait là et je ne ferais même pas ce que je fais. J’arrêterais évidemment. C’est une fatalité, donc on ne peut pas s’en sortir, on arrête quoi. Si je me lève le matin et que je viens au cabinet pour essayer d’aider mes patients, c’est que je pense qu’il y a des possibilités. Alors sans les soins et avec les soins… Sans les soins, l’évolution naturelle, elle est quand même, et heureusement, plutôt bonne.
Dr Fender : En tout cas, il est plutôt bon ce fait qu’il y a certains symptômes qui tendent à s’atténuer un petit peu avec l’âge. Après on ne peut pas dire que c’est les Bisounours, que tout le monde va s’en sortir, etc. Malheureusement, il y a aussi des cas sévères, des cas graves, le retentissement fonctionnel sur le fonctionnement social, professionnel.
Il peut être atteint aussi. Donc c’est vrai que l’évolution est peut-être meilleure grâce à l’accompagnement et aux soins. Dans le GPM, on dit souvent que les patients arrivent à trouver un apaisement dans leurs difficultés à partir du moment où ils trouvent un rôle social, c’est-à-dire en fait des sources de régulation émotionnelle qui ne soient pas exclusivement les relations sociales.
Quand ils commencent à trouver un sentiment d’utilité, une fonction dans la société, un but et puis des sources de vitalité, des loisirs, voilà, là, ça commence un petit peu à aller mieux en fait. Généralement, c’est à ce moment-là que les gens commencent à aller mieux.
00:28:08:15
CF : Donc ça donne plein d’espoir tout ça. Alors, si vous deviez résumer en une phrase ce que vous voulez transmettre aujourd’hui, ce serait quoi ?
Dr Fender : Eh bien une phrase, c’est difficile. Le trouble de la personnalité, ce n’est pas une fatalité. La régulation émotionnelle, ça peut s’apprendre et s’entraîner. Une intervention précoce peut changer une trajectoire, peut améliorer une trajectoire de vie. Donc n’hésitez pas à consulter, si possible quand même à être orienté du mieux que vous pouvez vers des professionnels formés.
Je pense que le risque c’est de tomber sur quelqu’un qui n’est pas formé, qui ne sait pas trop faire, qui risque malheureusement de mal faire même ou d’aggraver les difficultés. Donc il y a des ressources possibles. Il y a vous, Connexions Familiales, il y a l’Association Française de TPB, il y a vraiment des ressources qui commencent à exister.
Il y a Abigaël Barrand qui fait un travail exceptionnel et colossal avec son site internet qui est une ressource. Voilà, énormément de ressources sur ce site. C’est un agrégateur de ressources on va dire. Donc voilà, il y a beaucoup de solutions et d’options possibles pour vous. Ne restez pas seul, essayez de vous entourer de personnes qui connaissent ça, soit des personnes concernées elles-mêmes, qui peuvent vous aider, des pairs aidants, soit d’aller vers des dispositifs agréés avec des gens formés.
CF : Que ce soit pour les proches comme pour les personnes concernées. Exactement.
Dr Fender : Exactement.
CF : Merci beaucoup, docteur Fender. C’était un vrai plaisir de vous accueillir et grâce à vous, je crois qu’on a pu mieux comprendre les enjeux du diagnostic chez les adolescents.
Dr Fender : J’espère ne pas avoir dit des âneries. Je suis très jugeant avec moi-même quand je dis ça. J’ai toujours besoin que ce soit fact-checké, que quelqu’un me dise : « Voilà, ça va, c’est pas trop dommageable ».
CF : Comme on a tous besoin de validation.
Dr Fender : Exactement. Et je pense qu’on en aura eu, en tout cas j’en suis certaine, des outils pour mieux comprendre, pour aider aussi à déstigmatiser, parce qu’on est là aussi pour pouvoir transmettre ce message et un autre message, le message d’espoir que vous avez vraiment donné. Merci beaucoup. Je pense que c’est crucial, que ce soit pour les proches ou les personnes concernées, et puis aussi pour les professionnels de santé finalement, de savoir que voilà, il n’y a pas de fatalité et que poser un diagnostic c’est important.
00:31:00:14
CF : Oui, donc merci beaucoup et nous espérons tous que cette interview vous aura apporté des clés précieuses. Encore merci docteur Fender, et j’ai envie de dire prenez soin de vous tout le monde, et abonnez-vous à notre chaîne YouTube. Nous sommes maintenant aussi sur des plateformes de podcast et à très bientôt. D’ici là.
Dr Fender : Merci à vous en tout cas. Merci encore.